Les esprits « coincés » : une croyance qui fait plus de mal que de bien
Pourquoi parler des esprits « coincés » entre deux plans
Il y a des sujets qui reviennent souvent quand on parle de spiritualité, de médiumnité, de contact avec l’invisible. Parmi eux, cette idée tenace que certains esprits resteraient bloqués entre deux mondes et auraient besoin d’humains pour les aider à « passer ». Cette croyance, en apparence innocente, peut en réalité causer beaucoup de souffrance. Beaucoup de personnes qui traversent un deuil se retrouvent à chercher désespérément des réponses, et se tournent vers des pratiques ou des discours qui promettent des solutions rapides ou spectaculaires. Mais ces solutions sont souvent construites sur des notions erronées et peuvent transformer une peine déjà immense en traumatisme supplémentaire. Comprendre pourquoi cette croyance existe et comment elle fonctionne permet non seulement de se protéger, mais aussi de protéger les autres qui, comme nous, cherchent à maintenir un lien vivant avec ceux qu’ils ont perdus.
Les fondements inexistants de cette croyance
Cette idée n’a aucun fondement sérieux. Elle repose sur la projection d’un pouvoir humain sur un univers que nous ne comprenons pas entièrement. Elle flatte l’ego de ceux qui se posent en sauveurs, mais ne repose sur aucune observation solide. Les récits de médiums ou de soi-disant passeurs d’âmes qui parlent de défunts « coincés » manquent systématiquement de vérifiabilité et sont souvent basés sur des expériences personnelles limitées, interprétées à travers leurs propres croyances et émotions. En réalité, le monde invisible, tel qu’il est décrit par les personnes ayant vécu des EMI ou par les témoins de fins de vie, ne semble pas fonctionner de cette manière. Il n’y a pas besoin de médiateurs humains pour que les âmes puissent évoluer, se manifester ou transmettre des messages, et tout discours affirmant le contraire relève plus d’une construction psychologique que d’une réalité observable.
Ce que nous apprennent les EMI et les expériences de fin de vie
Les témoignages de personnes ayant vécu une EMI ou observé des fins de vie (soignants, proches, sauveteurs…) montrent un point commun : un accueil, un accompagnement, une liberté totale et un amour inconditionnel. Les défunts décrivent le sentiment d’être attendus et reconnus, et leur parcours n’est jamais interrompu par la peur ou la culpabilité de ceux qui restent. Ces expériences mettent en lumière un processus respectueux et fluide, dans lequel le libre arbitre est préservé, et où les messages ou signes que les défunts peuvent laisser aux vivants sont donnés dans un climat de bienveillance et de liberté. Cela contraste fortement avec l’idée que quelqu’un sur Terre pourrait retenir ou libérer une âme selon sa propre volonté. Loin de tout contrôle humain, la mort et ce qui pourrait suivre semblent être un espace de compréhension et de réconciliation, où chaque être est accueilli avec la dignité et la liberté qui lui sont dues.
Un souvenir amer
Je pense souvent à une maman qui s’était confiée à moi. Elle avait perdu son fils de dix-huit ans. Une douleur brute, irréversible, celle qui coupe le souffle et désorganise tout. Dans cet état de vulnérabilité absolue, elle a consulté une micro-kiné qui s’est présentée comme passeuse d’âmes. Sans réel échange, sans prendre le temps de comprendre ce que cette mère traversait, cette femme a affirmé que le jeune homme était coincé. Bloqué entre deux plans. Puis, presque aussitôt, après quelques gestes flous, mystérieux, à peine explicables, elle a déclaré, sans préparation, sans précaution, sans consentement : « C’est bon, c’est fait. Il est passé dans la lumière. » Trois secondes. Pas de mots. Pas d’accompagnement. Pas même la possibilité pour cette mère de comprendre ce qui se jouait ou d’y consentir intérieurement. Le plus violent est venu ensuite. Cette femme a expliqué à la mère que si son fils était resté coincé, c’était parce qu’elle le retenait. Que son chagrin, son attachement, son amour l’empêchaient d’avancer. Et qu’à présent, puisqu’il était « passé », il se trouvait dans un endroit loin d’elle. Cette mère est repartie avec un poids supplémentaire, presque insoutenable, la peur d’avoir empêché son fils de s’élever, la culpabilité d’avoir, par son amour même, fait obstacle à son apaisement. Il n’y avait là aucune compréhension du deuil, aucune finesse psychologique, aucune conscience de la violence symbolique de ces paroles. Seulement une posture de pouvoir, un geste théâtral posé sur une douleur réelle, et un ego déguisé en spiritualité. Dire à quelqu’un qu’il retient un être aimé, qu’il empêche une âme d’avancer, qu’il doit lâcher pour réparer quelque chose d’invisible, c’est une violence psychique profonde. L’amour n’enferme pas. Le lien ne bloque pas. Le deuil, aussi déchirant soit-il, n’a jamais empêché l’amour de circuler. Ces discours fabriquent de la peur là où il n’y en avait pas. Ils ajoutent de la culpabilité là où la douleur était déjà immense. Et ils brisent parfois un lien intérieur qui, jusque-là, aidait à tenir debout.
Pour aller plus loin et explorer ce sujet en profondeur, vous pouvez écouter mon podcast SIGNES où je partage expériences et réflexions sur la médiumnité et le contact avec l’invisible.
Pourquoi ces discours sont dangereux
Ces pratiques peuvent provoquer de la peur, de la culpabilité et un traumatisme supplémentaire. Dire à quelqu’un qu’il empêche son proche d’avancer ou qu’il doit lâcher pour réparer une situation invisible est profondément délétère. L’effet est souvent dévastateur pour les personnes en deuil, qui cherchent un sens et un soutien, et non pas un nouvel obstacle émotionnel. L’amour ne bloque pas, et le deuil ne retient pas l’énergie ou l’âme de ceux que nous avons perdus. Ces discours construisent une narration anxiogène, transformant une souffrance naturelle en sentiment de responsabilité injustifiée. Cela peut engendrer des années de culpabilité et de peur inutile, souvent invisibles aux yeux du praticien qui pense bien faire.
L’humilité et la prudence dans l’accompagnement
Face à l’invisible, le doute est plus sain que les certitudes. Les seules personnes réellement crédibles sont celles qui ont vécu une EMI ou observé des fins de vie. Le reste, toute interprétation personnelle, doit rester humble et ne pas se présenter comme vérité absolue. Accompagner signifie soutenir, apaiser et laisser le lien se maintenir, même quand on ne sait pas. Cela suppose de poser ses limites, de respecter le rythme et le vécu émotionnel de chacun, et de ne jamais projeter ses croyances ou désirs sur la situation d’autrui. La prudence, l’humilité et la conscience de nos propres limites sont les meilleurs guides pour ne pas ajouter de douleur là où il y a déjà de la perte.
Protéger les vivants avant tout
Les esprits coincés sont une croyance qui n’a aucune base solide et qui peut nuire profondément aux vivants. Notre responsabilité en tant qu’accompagnants est de ne pas nuire, d’être humble, et de privilégier le soutien et l’apaisement plutôt que des récits inventés ou des interventions non justifiées. L’amour ne coince pas, la peur, si. Prendre soin des vivants, respecter leur deuil, leur offrir de la présence et de l’écoute sincère, voilà la véritable voie d’un accompagnement spirituel ou émotionnel responsable.
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